Violence conjugale : Elle choisit de rester.

C’est une réalité difficile à accepter lorsqu’une personne qui vous est chère et que vous savez victime de violence, de contrôle ou de comportements que vous jugez inacceptables choisit, malgré tout, de rester ou de retourner dans cette relation.

Cette personne est un ou une amie, votre enfant, petit-enfant, parent ou un grand-parent, mais, peu importe, ce choix de l’autre vous dérange. Il peut vous sembler incompréhensible, incongru avec les propos que cette même personne vous a tenu la veille, vous faire vivre impuissance, peur, peine, angoisse, culpabilité, panique, colère et j’en passe.

Ces émotions désagréables, voir profondément souffrantes, vous pousse vers des réflexes de survie, des mécanismes de défense se manifestant comme une envie presque irrépressible de vous interposer, de protéger malgré elle cette personne qui semble incapable d’assurer sa protection. Voilà, inconsciemment et malgré vous, vous venez d’être entrainé dans une dynamique relationnelle triangulaire. Dans cette dynamique comprenant trois rôles: le bourreau, la victime et le sauveur, vous êtes le sauveur. Mais chacune de vos tentatives pour sortir cette personne de cette situation se solde par un échec.

Vous aidez cette personne à déménager et quittez cette relation et vous n’avez pas le temps de vous remettre de votre mal de dos que vous apprenez qu’elle est retournée se jeter dans la gueule du loup.

Vous l’aidez à se remettre à flot financièrement et voilà qu’elle prête ou pire donne tout son argent.

Vous hébergez cette personne pour lui permettre de repartir sur de nouvelles bases et voilà qu’elle établit une nouvelle relation avec une personne tout aussi dysfonctionnelle et parfois encore plus violente.

Vous devez vous rendre à l’évidence; vous ne pouvez sauver cette personne. Poursuivre dans cette direction est malsain pour vous, pour votre relation avec cette personne et malgré tout, malsain pour cette personne qui, lorsqu’elle est sauvée, n’apprend pas à assurer sa protection et à prendre sa vie en main.

Pour sortir de ce rôle de sauveur, vous devez lâcher-prise. Mais lâché prise ne veut pas dire tout lâcher, ne veut pas dire abandonner, ne veut pas dire ne plus rien faire. Lâcher-prise veut dire cesser de tenter d’agir où vous n’avez aucun pouvoir pour concentrer votre énergie là où vous en avez.

Lâcher-prise veut dire revenir à vous, prendre un pas de recul face à cette situation, prendre conscience que vos interventions, malgré qu’elles soient bien intentionnées, sont inefficaces et qu’elles peuvent même alimenter la dynamique relationnelle dysfonctionnelle.

Lâcher-prise veut dire cesser de porter la victime pour mieux la supporter. Lâcher-prise veut dire revenir à vous, accepter vos limites physiques, psychiques et mentales, prendre un temps pour ressentir et accueillir le vécu éveillé en vous, prendre conscience que vous êtes une victime indirecte de la violence. Lâcher-prise veut dire aller chercher de l’aide pour mieux faire face à cette situation.

Lâcher-prise veut dire travailler à cesser de réagir par des mécanismes de défense inconscients pour élaborer des mécanismes de protection conscients afin de vous protéger. Lâcher-prise veut dire cesser d’être une victime sans devenir un bourreau ni un sauveur de l’autre. Lâcher-prise veut dire exister dans votre relation avec la victime et parfois, aussi, avec la personne qui a des comportements violents.

Le chemin pour désamorcer une dynamique relationnelle triangulaire n’est pas des plus simples. Ce chemin en est un de découverte de vous et de votre façon d’être en relation. Ce chemin en est un de remise en question sur la ligne qui sépare l’aide de la prise en charge.

Peut être n’en êtes vous pas conscient, mais vous êtes un aidant naturel. Vous êtes une personne très importante pour cet être qui a besoin d’aide. Pour remplir ce rôle sans vous épuiser et perdre votre équilibre, vous devez prendre soin de vous, vous reposez, vous ressourcez et ne pas hésiter à aller chercher de l’aide auprès de votre famille, de vos amis et, au besoin, auprès d’un professionnel. 

Roberto Mayer. TRA

Tous droits réservés : Éditions Usmose

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3 réponses à “Violence conjugale : Elle choisit de rester.

  1. Article très intéressant qui illustre très bien le syndrome du sauveur 😉 Lorsque nous agissons en sauveur, nous enlevons à l’autre son pouvoir, sa liberté de choisir.

  2. Bravo pour ton article. Il est très important d’en parler car trop de gens encore restent pris dans une telle situation.

  3. L’aidant naturel comme vous le dites a beaucoup à apprendre du lâcher prise. C’est souvent la différence entre y laisser sa santé ou pas. Merci pour cet article.

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