SCHIZOPHRÉNIE. OÙ S’ARRÊTE LA LIBERTÉ D’UNE PERSONNE MALADE?

Il y a trois ans, ma meilleure amie me téléphone à 1 h du matin. Elle se sent menacée et poursuivie et me tient un discours des plus décousu; sa sœur jumelle ayant développé cette maladie un peu avant elle, je comprends rapidement qu’elle est en état de psychose. Je l’invite à venir chez moi sans délai. Je tente de la raisonner, mais rien n’y fait. Je me sens dépourvu et impuissant.

Le lendemain elle part avec son fils de 9 ans vers un chalet dans les bois où elle croit qu’elle sera en sécurité.   « De toute façon « , me dit-elle, « si je crois qu’ils sont pour nous retrouver, ils vont me trouver pendue avec mon fils dans le garde-robe « . Je lui demande si elle est consciente de ce qu’elle vient de me dire.   Elle me répond que oui, mais que ce n’est que pour protéger son fils, car ce qu’ils lui feraient serait bien pire, et elle s’en va…

La seule façon de l’aider est d’appeler la D.P.J.   J’ai l’impression de trahir une amitié et j’ai peur qu’elle m’en veuille. Je choisis de passer à l’action et téléphone aux autorités.   Ils agissent, placent l’enfant chez ses grands-parents et incitent la mère à se faire soigner.

Elle quitte ensuite l’hôpital sans qu’aucun encadrement ne lui soit imposé. Avec la désinstitutionnalisation, elle n’a qu’à formuler un refus de traitement pour qu’on la laisse partir en prétextant qu’elle n’avait rien dit qui prouvait qu’elle représentait un danger pour sa personne.

À mon avis, le seul fait qu’elle refusait de se faire soigner prouvait plutôt le contraire.

Pour l’obliger à se faire soigner, cinq membres de sa famille devraient intenter un recours judiciaire pour lui retirer ses droits. Si la famille et les gens autour n’ont pas l’idée ou la capacité de le faire, rien ne peut contraindre une personne atteinte de maladie mentale à se faire soigner.

Quatre mois plus tard, je reçois un appel de sa mère m’informant qu’elle s’était pendue et qu’elle était entre la vie et la mort. Elle demeurera finalement deux semaines dans le coma. Elle survivra, mais gardera des séquelles dues au manque d’oxygénation au cerveau; elle n’a plus aucun souvenir de moi mis à part mon nom; elle ignore même pourquoi elle est à l’hôpital, car elle ne se souvient pas de son geste…

Moi, je m’en souviens.

À mon avis, il est inacceptable que notre société se soit à ce point déresponsabilisée face à ces personnes au nom de la liberté de la personne et de l’intégration sociale.

Il est plus que temps de regarder notre responsabilité face à ces personnes qui ont besoin d’aide et qui sont laissées à elles-mêmes.

Roberto Mayer.TRA

Tous droits réservés : Éditions Usmose

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Une réponse à “SCHIZOPHRÉNIE. OÙ S’ARRÊTE LA LIBERTÉ D’UNE PERSONNE MALADE?

  1. Je suis bien touchée Roberto par cette article. Je travaille en santé mentale et la ressource est le centre d’hébergement spécialisé St-Eustache et tu en as une aussi à St-Jérôme et Laval. La personne souffrant de maladie va au CLSC ou l’hôpital et fait une demande.. C’est une maison pour la réinsertion sociale. Il y a des services mais il faut savoir où cogner…
    Bonne suite
    Suzanne Pellerin

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